31.08.2023 Japon : Un rapport publié mardi accuse Johnny Kitagawa, un grand agent de chanteurs de pop, de dizaines d’agressions sexuelles sur les jeunes garçons qu’il formait. Les victimes pourraient même se compter par centaines. Une histoire sur fond d’omerta et d’impunité et … Kitagawa est mort impuni en 2019. Il avait pourtant été dénoncé dès 1999…
Il y a comme un air d’affaire Weinstein dans ce dossier qui a bousculé l’actualité nippone. Selon un rapport d’enquête rendu public mardi, Johnny Kitagawa, le fondateur d’une agence japonaise de talents musicaux, s’est rendu coupable de très nombreuses agressions sexuelles ces dernières décennies.
Problème insoluble pour l’investigation : le principal accusé est mort en 2019 à l’âge de 87 ans, sans jamais avoir eu à répondre des accusations qui pèsent contre lui. Il dirigeait depuis le début des années 60 Johnny and Associates, une structure qui gérait les carrières de stars, parfois très jeunes, de la pop japonaise.
La commission d’enquête a recueilli des descriptions précises d’abus sexuels de la part de 41 victimes présumées, étoffées par des témoignages de responsables de l’agence. Pire encore : selon le rapport, Kitagawa aurait commencé à abuser de jeunes garçons dès les années 1950, soit bien avant la fondation de son agence.
Mais l’étendue réelle de ces crimes reste floue : au début du mois d’août, des experts des Nations Unies, enquêtant eux aussi sur le sujet, affirmaient que des « centaines » de talents passés par l’agence auraient pu être victimes de la prédation supposée de Johnny Kitagawa.
La société de Kitagawa a notamment produit des boys band comme SMAP, Tokio et Arashi. Des noms peu connus en France, mais très en vogue en Asie, notamment dans les années 1990 et 2000. En avril, une de ces anciennes stars de la chanson affirmait avoir été abusée « entre 15 et 20 fois » à l’âge de 15 ans. Un autre homme affirme avoir reçu des avances de la part du producteur, suivies de 10 000 yens, soit l’équivalent d’une soixantaine d’euros. « Ça m’a donné l’impression que c’était de la prostitution », a-t-il témoigné.
Les deux enquêtes, bien que distinctes, font le même constat cinglant : une omerta avait été mise en place, permettant au producteur d’abuser de ces jeunes gens aussi longtemps et en toute impunité. « Johnny and Associates n’a pas adopté de réaction appropriée, comme l’ouverture d’une enquête afin de déterminer si les accusations contre Johnny Kitagawa étaient vraies ou fausses », est-il écrit dans le rapport publié mardi.
Julie Keiko Fujishima, la nièce du suspect et sa successeure à la tête de l’agence, a affirmé aux enquêteurs qu’elle n’était pas au courant des agissements de son oncle. Mais la commission d’enquête estime que la femme d’affaires de 57 ans, qui siège au conseil d’administration depuis 1998, ne pouvait pas ignorer ses accusations et a recommandé qu’elle démissionne de son poste.
Et cette loi du silence ne s’est pas limitée à la seule structure incriminée. Selon une experte de l’ONU, certains organes de presse ont été « impliqués dans l’étouffement de ce scandale pendant des décennies ». Signe de la surdité de la société japonaise à ce sujet : c’est un documentaire de la BBC anglaise diffusé en mars dernier qui a fait renaître la controverse.
Car cette affaire n’est pas une nouveauté. En 1999, de premières accusations d’abus étaient apparues dans la presse japonaise. Le producteur n’avait jamais été inculpé et s’était même permis de répliquer par des poursuites pour diffamation, avec un succès partiel.
Dans un Japon qui n’a pas été frappé par la vague #MeToo comme les pays occidentaux, la question du crime sexuel est encore sensible. Selon une note récente de l’Institut du genre en géopolitique, entre 1 300 et 1 400 cas d’agressions sont rapportés chaque année depuis 2018, mais ces chiffres « ne sont que la partie émergée de l’iceberg », car nombreuses sont les victimes qui se refusent à porter plainte.
Source
https://www.leparisien.fr/faits-divers/au-japon-des-decennies-dagressions-sexuelles-commises-par-un-magnat-de-la-pop-revelees-31-08-2023-5RUW6QPVPJCQHNN7M4E2MMKTM4.php?at_creation=Le Parisien&at_campaign=Partage Twitter CM&at_medium=Social media

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